Cette série photographique interroge l’abandon à travers des objets liés à l’enfance et au confort de l’enfant. Poussettes, sièges, accessoires du quotidien ou dispositifs pensés pour protéger, porter, rassurer et accompagner deviennent ici les traces silencieuses d’une absence. Une fois délaissés dans l’espace public, ces objets changent de statut : ils ne parlent plus du soin, mais du manque ; plus de présence, mais de disparition.
La série s’intéresse à ce basculement. Ce qui est normalement associé à la douceur, à la sécurité et à l’attention devient l’image d’une enfance fragilisée, laissée seule, rejetée hors du cadre protecteur que ces objets étaient censés incarner. L’abandon matériel agit alors comme une métaphore d’un abandon plus profond : affectif, social, familial.
Dans cette première image, une poussette transformée en réceptacle de sacs-poubelle concentre cette tension. Objet de transport et de protection, elle est ici vidée de sa fonction première, détournée, presque dégradée. Elle ne porte plus un enfant, mais des déchets. Ce renversement produit un choc visuel simple et brutal : ce qui devait accueillir le vivant semble désormais relégué au rebut. L’image évoque ainsi une forme d’enfance mise à la porte, déplacée, effacée, comme si l’outil du soin lui-même avait été exclu.
La série ne cherche pas à illustrer frontalement une histoire précise, mais à faire émerger un malaise. Elle propose des images où l’absence devient visible par les objets, où le quotidien bascule dans une lecture plus dure, plus sociale, presque symbolique. Chaque photographie fonctionne comme un indice : celui d’une tendresse disparue, d’une protection rompue, d’un lien abandonné.